lundi 19 octobre 2009

L'émergence -3

Quelques conseils pour photographier une émergence...


Emergence d'un Aeschne

Pour savoir où poser ses bottes et son trépied pour capter une émergence de libellule, il faut un peu de mémoire ou un bon carnet de notes. Les larves ne parcourant pas des kilomètres dans le lit de l'étang ou de la rivière pour trouver leurs proies, les lieux de ponte et d'émergence sont communs. Si vous avez repéré sur un croquis de votre étang préféré les lieux de ponte des différentes espèces de libellules, la partie est presque gagnée.
Je ne vous conseille pas de traquer les émergences en pleine nuit pour quelques raisons très simples à comprendre : comment allez-vous assurer le repérage de la zone et les conditions de prise de vue (éclairage, bruit numérique, etc...) ? Je n'évoque même pas la probabilité de piétiner et détruire accidentellement des larves (une cordulie peut émerger à quelques mètres de la rive sur le sol) ou de passer pour un braconnier aux yeux d'un garde-pêche. Il faudra se contenter des émergences tardives et se lever tôt...
Commencez par inspecter la végétation rivulaire et les berges et... apprenez à rentrer bredouille : les larves ont tendance à se "caler" pour émerger en même temps (cela augmente leur chance d'échapper aux prédateurs), il peut donc se passer plusieurs jours sans évènement visible.
Dès que vous avez repéré une larve en situation, calez votre trépied. Si vous assistez à une multitude d'émergences, il vous faudra choisir une larve "principale" pour votre trépied et marquer les 2 ou 3 sites secondaires à l'aide de rubans de couleur pour aller plus facilement d'un site à l'autre (des rubans de type "emballage cadeau" feront l'affaire).
Les émergences de libellules vraies ou anisoptères durent plusieurs heures : afin d'épargner la carte-mémoire de votre APN, un cliché toutes les 15 minutes suffira. Pour les zygoptères, un cliché toutes les 5 minutes. Ce sont des temps moyens. En cas d'intempérie, allongez l'intervalle entre 2 prises.


Emergence d'un Aeschne

Les zygoptères émergent tout près des rives, souvent cachés dans la végétation. C'est assez rapide et peu facile à capter sans se mouiller ou mouiller l'objectif. Tout se passe à quelques centimètres du sol : prévoyez une petite bâche pour préserver vos genoux de l'humidité.
Vous trouverez les anisoptères sur les berges, sur des troncs d'arbres ou des arbustes, les phases sont assez longues, vous avez le temps de cadrer. Voici les différentes phases que vous pourrez observer :
- La larve quitte le milieu aquatique à la recherche d'un support, c'est une phase rapide,
- la larve s'agrippe à son support et s'immobilise, c'est long, on a l'impression qu'il ne se passe rien, c'est l'occasion de jeter un œil aux autres larves,
- la larve fend son thorax et passe sa tête, puis le reste de son corps, une étape assez longue à ne pas manquer,
- la libellule se sépare de son exuvie,
- les ailes se développent, elles sont blanches et opaques, parallèles au corps,
- l'abdomen s'allonge et laisse écouler quelques gouttes de liquide,
- les ailes deviennent transparentes tandis que le corps et la tête se colorent,
- les fines soies qui couvrent le corps de la libellule sèchent, les ailes sont désormais perpendiculaires au corps, c'est une phase très longue,
- les ailes s'agitent et bruissent, prenez vos derniers clichés, la libellule s'envole !
A ce stade de développement, la libellule est incapable de voler longtemps et rejoint un murissoir à l'abri des prédateurs. N'oubliez pas de capter tous les évènements à votre portée : malformations, prédateurs, traces de prédations, etc... sans oublier larves et exuvies.

Bonne chasse photographique !

16 commentaires:

  1. il ne restera plus qu'a mettre tout cela en apllication heuuuuuuue l'année prochaine :) j'ajouterais
    qu'un petit reflecteur posé sous l'emmergence avec le peu de lumiere du matin rend de grands services :)

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  2. Merci Philippe de cette piqure de rappel totalement utile et bravo pour la narration passionnante des évènements. Nul doute que l'an prochain j'y ferai référence.

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  3. J'ai découvert mes premières émergences au printemps dernier, et je n'ai qu'une hâte: repartir en quête! Ton billet est vraiment très complet, et je reviendrais le consulter dans quelques mois. J'ai vu de nombreuses émergences de libellules, mais aucune de demoiselles (quelques immatures, mais qui battaient déjà des ailes). Peut-être en 2010?

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  4. J'ai lu avec un grand plaisir ton article !C'est clair et vraiment intéressant!N'ayant pas de lieux humides dans mon environnement proche, j'essaierai de m'en souvenir lorque je ferais une expédition vers un lieu propice!
    Tu réussis à faire passer les émotions que tu vis lorsque tu assistes à ces "naissances".

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  5. Je reviens parce qu'une phrase de ton article m'a fait cogiter un bon moment: Emergence en même temps (...) pour éviter les prédateurs.En quoi une émergence simultanée est-elle une protection? Si un prédateur arrive au mauvais endroit au mauvais moment, il peut croquer toute une génération en un seul repas?

    Et puis, j'ai réalisé que le danger ne venait pas d'un phénomène aléatoire (si c'était le cas, une émergence échelonnée serait peut-être plus efficace?), mais de créatures vivantes, capables d'apprentissage, qui repèreraient vite que le petit déjeuner est servi tous les jours à la même heure.

    Mais peut-être y a-t-il d'autres raisons auxquelles je n'ai pas pensé? Et j'espère que "réflexions d'automne" = "photos de printemps"!...

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  6. Waou!!
    Ca met l'impatience au bout des doigts... Vivement le printemps!
    Très intéressant, ce reportage et ces très belles photos d'Aeschne viennent bien l'appuyer!
    Carlib
    http://odonates69.unblog.fr/

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  7. @Cathy B. : Merci pour ta remarque. Je dois éclaircir mon propos.
    Les araignées - créatures vivantes capables d'apprentissage - que j'ai observé lorsqu'elles s'attaquent aux émergences n'ont qu'une seule proie (larve ou imago), consomment sur place et n'ont pas de "réserve" ou de garde-manger. Lors d'une émergence massive, les araignées sont moins nombreuses que les imagos et toutes affairées, j'en ai déduis que cela permettait aux libellules d'éviter les prédateurs. Mais c'est un raccourci issu d'observations, pas vraiment un raisonnement scientifique.
    Plus simplement, une émergence massive accroit les chances de reproduction de l'espèce.

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  8. Merci pour ta réponse. En tout cas, c'est une donnée que je retiens: indispensable pour multiplier nos chances de trouver des émergences!

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  9. Encore un post qui en apprend
    beaucoup ! Les conseils sont super !
    A bientôt

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  10. Merci je viens de mettre des libellules sur l'autre blog je dois sortir bye

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  11. Juste un petit coucou en passant Philippe. Je pense que tu vas bien puisque je te vois sur les blogs amis à droite et à gauche. Bon Dimanche que j'espère plus ensoleillé qu'ici dans l'Ouest.

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  12. Bonjour ce blog est superbe et j'adore aussi la nature

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  13. Quelle patience il doit te falloir pour dénicher autant de merveilles sur une même espèce ! Je suis fan !
    Les étourneaux sont passés très proprement ;-)
    Bonne journée.

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    1. Merci Nokomis, ce texte est un condensé de mes notes d'observation.

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  14. Ben c'est super, parce que pour l'an prochain, je saurai comment m'y prendre. Juste je dois aller m'acheter une bonne paire de bottes adéquates ;-)
    Bonne journée à toi

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