vendredi 23 octobre 2009

Marabout, bout de ficelle...

Dans la Réserve naturelle du Delta de la Sauer, il y a un petit panneau planté à 2 pas de la foret semi-immergée de Munchhausen. Y sont peintes des grenouilles et des libellules, accompagnés d'un petit texte qui évoque la légende du Hookmann, l'homme qui attire à l'aide son crochet les enfants trop curieux vers les profondeurs des marais.




L'homme au crochet, les libellules, je n'ai pu m'empêcher d'établir un lien avec le Pays imaginaire de Peter Pan, en particulier le Capitaine Crochet et la fée Clochette. J'ai cherché à savoir s'il y avait un fond commun entre la légende rhénane et le roman de l'écrivain écossais James Matthew Barrie. Ce que j'ai pu découvrir à propos du roman Peter Pan m'a éloigné de mes chères libellules [1] . La fée Clochette n'est pas une nymphe au corps de feu...
Je me suis alors intéressé à ce fameux Hookmann : d'où provient cette histoire ? Son nom n'est pas connu de mes amis alsaciens, ni de mes interlocuteurs allemands. A ma question, un animateur de la Maison de la nature du Delta de la Sauer n'apporte aucune réponse. Je peux tout juste tenter un rapprochement avec une superstition wallonne évoquée par Grand & Boudot : "Les parents allaient même jusqu'à raconter à leurs bambins, lorsqu'ils s'approchaient trop près de l'eau, que la libellule tire les enfants dans l'eau." [2]
Tout cela ressemble fort à une histoire de croque-mitaine, "ce personnage maléfique dont on parle aux enfants pour leur faire peur et ainsi les rendre plus sages... qui peut se dissimuler aux abords d'un cours d'eau ou d'un étang, afin de noyer les imprudents." [3]. Les parents devaient-ils faire cohabiter ce croque-mitaine des eaux stagnantes et la tradition alsacienne qui faisait naitre les enfants dans les sources ? A lire Guy Trendel [4], les fées protectrices des sources n'étaient pas des libellules. Ça me chagrine un peu de ne pouvoir dissocier demoiselles et croque-mitaine ! Dans l'inconscient collectif européen, parce qu'elles peuplaient des milieux aquatiques réputés hantés par les forces de l'au-delà, les libellules étaient les manifestations d'esprits mauvais.[5]
La fréquentation des Alsatiques (rayonnages des librairies et des bibliothèques réservés au patrimoine culturel alsacien) m'a - pour l'instant - laissé sur ma faim. Si vous connaissez la source de cette légende rhénane, n'hésitez pas à me contacter !

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Peter_pan
[2] Daniel Grand & Jean-Pierre Boudot, Les libellules de France, Belgique et Luxembourg, Editions Biotope
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Croque-mitaine
[4] Guy Trendel, Les dieux oubliés des Vosges, Editions Coprur
[5] http://www.reflexiences.com/agenda/417/libellules-entre-ciel-et-eau/

mardi 20 octobre 2009

Déesse précieuse

La Société française d'Odonatologie signale la redécouverte d'une libellule menacée, la Déesse précieuse (Nehalennia speciosa), dans le Jura, signalée la dernière fois il y a 133 ans en Savoie.

Cliquez ce lien pour lire cet article
Article du Télégramme.com

lundi 19 octobre 2009

L'émergence -3

Quelques conseils pour photographier une émergence...



Emergence d'un Aeschne

Pour savoir où poser ses bottes et son trépied pour capter une émergence de libellule, il faut un peu de mémoire ou un bon carnet de notes. Les larves ne parcourant pas des kilomètres dans le lit de l'étang ou de la rivière pour trouver leurs proies, les lieux de ponte et d'émergence sont communs. Si vous avez repéré sur un croquis de votre étang préféré les lieux de ponte des différentes espèces de libellules, la partie est presque gagnée.
Je ne vous conseille pas de traquer les émergences en pleine nuit pour quelques raisons très simples à comprendre : comment allez-vous assurer le repérage de la zone et les conditions de prise de vue (éclairage, bruit numérique, etc...) ? Je n'évoque même pas la probabilité de piétiner et détruire accidentellement des larves (une cordulie peut émerger à quelques mètres de la rive sur le sol) ou de passer pour un braconnier aux yeux d'un garde-pêche. Il faudra se contenter des émergences tardives et se lever tôt...
Commencez par inspecter la végétation rivulaire et les berges et... apprenez à rentrer bredouille : les larves ont tendance à se "caler" pour émerger en même temps (cela augmente leur chance d'échapper aux prédateurs), il peut donc se passer plusieurs jours sans évènement visible.
Dès que vous avez repéré une larve en situation, calez votre trépied. Si vous assistez à une multitude d'émergences, il vous faudra choisir une larve "principale" pour votre trépied et marquer les 2 ou 3 sites secondaires à l'aide de rubans de couleur pour aller plus facilement d'un site à l'autre (des rubans de type "emballage cadeau" feront l'affaire).
Les émergences de libellules vraies ou anisoptères durent plusieurs heures : afin d'épargner la carte-mémoire de votre APN, un cliché toutes les 15 minutes suffira. Pour les zygoptères, un cliché toutes les 5 minutes. Ce sont des temps moyens. En cas d'intempérie, allongez l'intervalle entre 2 prises.



Emergence d'un Aeschne

Les zygoptères émergent tout près des rives, souvent cachés dans la végétation. C'est assez rapide et peu facile à capter sans se mouiller ou mouiller l'objectif. Tout se passe à quelques centimètres du sol : prévoyez une petite bâche pour préserver vos genoux de l'humidité.
Vous trouverez les anisoptères sur les berges, sur des troncs d'arbres ou des arbustes, les phases sont assez longues, vous avez le temps de cadrer. Voici les différentes phases que vous pourrez observer :
- La larve quitte le milieu aquatique à la recherche d'un support, c'est une phase rapide,
- la larve s'agrippe à son support et s'immobilise, c'est long, on a l'impression qu'il ne se passe rien, c'est l'occasion de jeter un œil aux autres larves,
- la larve fend son thorax et passe sa tête, puis le reste de son corps, une étape assez longue à ne pas manquer,
- la libellule se sépare de son exuvie,
- les ailes se développent, elles sont blanches et opaques, parallèles au corps,
- l'abdomen s'allonge et laisse écouler quelques gouttes de liquide,
- les ailes deviennent transparentes tandis que le corps et la tête se colorent,
- les fines soies qui couvrent le corps de la libellule sèchent, les ailes sont désormais perpendiculaires au corps, c'est une phase très longue,
- les ailes s'agitent et bruissent, prenez vos derniers clichés, la libellule s'envole !
A ce stade de développement, la libellule est incapable de voler longtemps et rejoint un murissoir à l'abri des prédateurs. N'oubliez pas de capter tous les évènements à votre portée : malformations, prédateurs, traces de prédations, etc... sans oublier larves et exuvies.

Bonne chasse photographique !

vendredi 16 octobre 2009

Guide de la vie des eaux douces

Guide de la vie des eaux douces de Malcom Greenhalgh et Denys Ovenden
Editions Delachaux et Niestlé
ISBN : 978-2-603-01596-4
(Environ 30 €)
www.delachauxetniestle.com

Issu de la collection Les guides du naturaliste, cet ouvrage richement illustré décrit les espèces animales et végétales observées dans les habitats d'eau douce. La page de gauche propose les descriptions auxquelles correspondent les illustrations de la page de droite. Les espèces sont toujours décrites par leur nom scientifique et leur nom commun lorsqu'il existe.
La trentaine de pages consacrées aux odonates ne permet pas de se priver du Guide des Libellules paru chez le même éditeur mais elle permet une identification rapide et fiable des nymphes et des imagos.
De par sa nature, ce guide recoupe les ouvrages spécialisés de la collection que vous possédez sans doute. S'il n'est pas indispensable, sa présence et son format poche peuvent le rendre très utile sur le terrain, au moment de la saisie de notes ou à la manière d'un aide-mémoire.

jeudi 15 octobre 2009

L'émergence -2

L'exuvie change de couleur avec le temps. Brune et sombre quelques heures après l'émergence, elle devient crème et transparente. Elle sèche et se désintègre ensuite ou tombe à l'eau.


Exuvies d'Anax empereur



Les exuvies n'intéressent pas les prédateurs, il est donc possible de les photographier près des berges ou dans la végétation rivulaire. Certaines espèces émergent là où elles le peuvent (libellules à quatre taches, aeschnes), d'autres choisissent des zones abritées, dépassant les premières lignes des araignées (cordulies), tandis que les zygoptères ne s'aventurent guère sur les berges. Les supports varient selon la taille des libellules : tiges et feuilles pour les sympétrums, branches et troncs pour les anax.


Exuvie de Libellule dépressive

Les émergences ont lieu très souvent la nuit ou avant l'aube sur ou à proximité des lieux de ponte : repérer les exuvies permet donc d'identifier les espèces en présence sur un site, leur nombre et leur genre. A titre personnel, je ne prélève aucune exuvie, je les photographie en situation. J'utilise parfois un doigt, ma main ou une carte topo pour en estimer la taille.


Exuvie d'Anax empereur

Cela peut paraitre insuffisant et léger d'un point de vue scientifique mais je reste avant tout un amateur et non un naturaliste : laisser les exuvies en place permet aux véritables naturalistes d'effectuer correctement leurs collectes.

A suivre...